Il y a des upgrades qu’on fait parce qu’on en a besoin. Et puis il y a celles qu’on fait parce qu’un Xeon E5-2699 v3 à 18 cœurs est apparu sur eBay à un prix qui n’avait aucune raison d’être aussi ridicule : 26 euros
Mon serveur de backup, tournait jusqu’ici avec un E5-2667 v3 — 8 cœurs, 3.2 GHz de base, honnête, efficace, sans histoire. Le genre de CPU qui fait son travail sans se plaindre depuis longtemp. Mais voilà, le 2699 v3 était là, il m’a regardé avec ses petits yeux mignons et j’ai craqué.
Ce qui a fini de me convaincre : ce serveur n’est pas que un serveur de backup. C’est surtout mon hyperviseur de PRA. En cas de pépite majeure sur l’infra principale, c’est lui qui doit accueillir les 25 VMs de production le temps de remettre les choses d’aplomb. 8 cœurs pour faire tourner 25 VMs simultanément, même dégradé, ça peu etre un peu leger. 18 cœurs…la on est bien.
Et pendant qu’on y était, le 2667 v3 libéré est allé upgrader le serveur LTO (qui tournait avec un E5-2640 v3), et le 2640 a pris sa retraite bien méritée. Belle cascade propre.
La config du serveur de backup
- Carte mère : ASUS Z10PA-U8 (LGA2011-3, mono socket)
- CPU avant : Intel Xeon E5-2667 v3 — 8c/16t, 3.2 GHz base / 3.4 GHz turbo, 135W TDP
- CPU après : Intel Xeon E5-2699 v3 — 18c/36t, 2.3 GHz base / 2.6 GHz turbo, 145W TDP
- RAM : 128 Go DDR4
- OS : Windows Server 2022 Datacenter
- Refroidissement : Arctic Freezer 13 Pro
Le refroidissement : Arctic Freezer 13 Pro
Un mot sur le ventirad, parce que la question allait forcément se poser.
L’Arctic Freezer 13 Pro, c’est un ventrad tour avec un ventilateur 120mm PWM, 4 caloducs cuivre 8mm, 47 ailettes, et un petit ventilateur 50mm à la base pour souffler sur les VRM (technologie “Cross-Blow”). Capacité annoncée : 300W. Prix d’un bout de pain.
Le hic : il est officiellement prévu pour des sockets classiques. Le monter sur un LGA2011-3 a nécessité un kit de montage normalement destiné au watercooling. Pas de photo du montage desolé, mais sachez que ça tient, et que ça refroidit.
Méthodologie de test
Pour avoir une comparaison propre avant/après, j’ai utilisé RealBench 2.56 en mode Benchmark, avec les paramètres suivants :
- RAM allouée : Up to 16 GB
- 1 run
- Toutes les phases activées (Image Editing, H.264 Encoding, OpenCL, Heavy Multitasking)
En parallèle : HWiNFO64 pour les températures, Task Manager vue processeurs pour la fréquence et la charge.
Les deux runs ont été effectués dans les mêmes conditions. Le stress test 30 minutes a précédé le benchmark pour avoir des températures représentatives d’une charge soutenue.
Avant : E5-2667 v3
Stress test 30 minutes
Le CPU sous charge maximale pendant 30 minutes :
- Fréquence all-core : 3.29 GHz
- Température max CPU entier : 69°C
- Température max cœur : 70°C
- Température min : 47°C
- Tous les hash : match ✅
Score RealBench Benchmark
| Test | Score | Temps |
|---|---|---|
| Image Editing | 126 715 | 42.05s |
| H.264 Encoding | 120 656 | 44.16s |
| OpenCL | 17 589 | — |
| Heavy Multitasking | 43 727 | 174.54s |
| System Score | 77 171 | — |
Après : E5-2699 v3
Le swap lui-même est sans histoire
Même socket LGA2011-3, le BIOS de la Z10PA-U8 reconnaît immédiatement le 2699 v3.
Premier regard : le Task Manager
Redémarrage, Windows Server 2022 voit 18 cœurs / 36 threads sans broncher.
36 petits carrés. C’est con, mais ça fait plaisir.
- Cœurs : 18
- Processeurs logiques : 36
- Fréquence de base : 2.29 GHz
- Fréquence idle : 2.78 GHz
- Cache L3 : 45 Mo
Stress test 30 minutes
- Fréquence all-core : 2.67 GHz
- Température max CPU entier : 64°C
- Température max cœur : 65°C
- Température min : 49°C
- Tous les hash : match ✅
Score RealBench Benchmark
| Test | Score | Temps |
|---|---|---|
| Image Editing | 108 604 | 49.06s |
| H.264 Encoding | 216 816 | 24.57s |
| OpenCL | 26 117 | — |
| Heavy Multitasking | 51 274 | 148.85s |
| System Score | 100 702 | — |
Comparatif complet
| E5-2667 v3 | E5-2699 v3 | Delta | |
|---|---|---|---|
| Cœurs / Threads | 8 / 16 | 18 / 36 | +125% threads |
| Fréquence base | 3.2 GHz | 2.3 GHz | -900 MHz |
| Fréquence all-core charge | 3.29 GHz | 2.67 GHz | -620 MHz |
| TDP | 135W | 145W | +10W |
| Temp max (stress 30 min) | 69°C | 64°C | -5°C |
| Image Editing | 126 715 | 108 604 | -14% |
| H.264 Encoding | 120 656 | 216 816 | +80% |
| OpenCL | 17 589 | 26 117 | +48% |
| Heavy Multitasking | 43 727 | 51 274 | +17% |
| System Score | 77 171 | 100 702 | +30% |
Le 2699 v3 chauffe moins que le 2667 v3
5°C de moins sous charge totale, meme avec 10W de TDP supplémentaire et le double de cœurs. la frequence plus basse est evidement la cause : 64°C max, le ventirad est en vacances.
L’Image Editing régresse
-14% sur ce test. C’est du mono-thread majoritaire, et sur ce terrain le 2699 v3 est objectivement plus lent — 2.67 GHz all-core contre 3.29 GHz. Le 2667 v3 gagne haut la main dès qu’on sort du parallélisme massif. C’est honnête de le noter plutôt que de le planquer.
L’Encoding à +80%
C’est le chiffre qui résume l’upgrade. HandBrake, FFmpeg, compression Veeam — tout ce qui sait utiliser les threads en profite massivement. Pour un serveur de backup, c’est exactement là que se passe le travail réel.
Exploration BIOS : jusqu’où peut-on aller ?
Puisqu’on était dedans, autant explorer ce que la Z10PA-U8 permet en termes d’optimisation.
ASUS Turbo Ratio Lock
Le BIOS de la Z10PA-U8 propose une option ASUS Turbo Ratio Lock (ATRL). Le nom est trompeur — ça ne “lock” pas le turbo à une valeur basse, ça force le CPU à maintenir son turbo all-core au maximum de ce que la plateforme permet.
Résultat mesuré sur les deux CPU :
| CPU | Sans ATRL | Avec ATRL |
|---|---|---|
| E5-2667 v3 (8c) | 3.5 GHz | 3.4 GHz |
| E5-2699 v3 (18c) | 2.35 GHz | 2.67 GHz |
L’option est contre-productive sur les CPU haute fréquence peu de cœurs (le 2667 v3 se débrouille mieux sans), mais clairement bénéfique sur les many-core où le CPU a du mal à maintenir son turbo naturellement.
ThrottleStop et les PL1/PL2
Le BIOS de la Z10PA-U8 n’expose pas les Power Limits (PL1/PL2) dans ses menus — sans doute une décision ASUS pour les cartes serveur. ThrottleStop permet de les modifier via les MSR :
PL1 monté à 176W, PL2 à 200W, Turbo Time Limit à 65536… La fréquence all-core ne bouge pas d’un MHz. Le VRM de la Z10PA-U8 est dimensionné pour le TDP nominal de la carte, pas pour absorber un CPU qui décide de tirer 50W de plus. ThrottleStop écrit bien dans les registres, la plateforme ne suit pas.
Le hack microcode (pour les aventureux)
Il existe un hack documenté sur le forum AnandTech qui consiste à supprimer le microcode Intel du BIOS et charger un driver EFI alternatif au boot pour déverrouiller les ratios turbo all-core. Résultats rapportés : 3.1-3.3 GHz all-core sur un 2699 v3.
Problème spécifique à la Z10PA-U8 : pas de BIOS Flashback. Le flash d’un BIOS modifié nécessite une version ancienne d’AFUWINx64 avec le switch /GAN pour bypasser la vérification de signature. En cas d’échec : brique définitive.
Sur un serveur de backup de production : non merci. Le thread AnandTech est là pour les curieux.
Exploration du BIOS IntelRCSetup
Le menu IntelRCSetup expose des options intéressantes côté Energy Perf BIAS (Workload Configuration, P0 Thresholds) mais rien de décisif pour la fréquence all-core. Les Turbo Power Limits ne sont tout simplement pas exposés.
Conclusion
+30% de score global sur RealBench, +80% sur l’encoding, -5°C sous charge. Sur le papier c’est déjà bien. Mais le vrai argument, celui qui justifie l’upgrade au-delà du benchmark, c’est le PRA.
Ce serveur est l’hyperviseur de secours de l’infra — 25 VMs de production qui doivent pouvoir basculer dessus en cas de problème majeur. Avec 8 cœurs, faire tourner 25 VMs simultanément c’etait du mode dégradé. Avec 18 cœurs et 36 threads, on est à l’aise.
26 euros sur eBay c’est le meilleur rapport qualité/prix du trimestre.
Le Freezer 13 Pro, lui, se fait chier grave à 64°C.