Troisième round de la saga watercooling. Un ancêtre, un Juno P6 Full Tower de 2001, un Ryzen 7 5700X qui étouffait en aircooling, une meuleuse, une Dremel et un Corsair iCUE H100i.

Les deux premiers volets de la saga watercooling étaient volontairement synthétiques — quelques photos, l’essentiel, pas de roman. Cette fois j’ai décidé de vous en mettre une tartine bien épaisse. Vous êtes prévenus.


“j’en veux un aussi”

Il y a une phrase qui résume tout le projet, c’est “j’en veux un aussi”.

Mon beau-frère est venu traîner dans le bureau, a regardé mes machines et cette phrase est sortie.

La bonne nouvelle : il a quand même une config qui tient la route, un Ryzen 7 5700X overlocké à 4,5 GHz et une RTX 3080. La mauvaise : le refroidissement. En aircooling, le CPU dépassait allègrement les 80°C à cette fréquence. Pas critique, mais inconfortable — et surtout symptomatique d’un boîtier qui n’assurait plus son rôle de gestionnaire thermique.

Ce boîtier justement : un Morex Juno P6 Full Tower, rescapé de 2001, avec son plexiglas turquoise caractéristique et ses 6 baies 5,25" empilées qui juraient un peu avec les composants modernes à l’intérieur. Un boîtier conçu à l’origine pour accueillir deux alimentations et cinq ventilateurs 80mm — autant dire qu’il avait de l’ambition pour son époque. Une relique qui chauffait et réclamait depuis longtemps un sérieux coup de jeune.

L’objectif : intégrer un AIO 240mm, refaire les panneaux d’aspiration et d’extraction, et rendre à cette machine la dignité qu’elle méritait.


La seconde alimentation — un hack qui a de la gueule

Avant de parler du build en lui-même, un aparté sur la seconde alimentation — parce qu’elle mérite son paragraphe.

Ce Juno P6 m’a appartenu avant de finir chez mon beau-frère. À l’époque, j’y avais opéré une modification que je trouve encore élégante dans sa brutalité : ouvrir le bloc d’alimentation, dessouder intégralement tous les câbles correspondant aux connecteurs carte mère, puis shunter le fil vert (PS_ON) avec une masse via un interrupteur installé en façade. De cette façon, la seconde alimentation démarre indépendamment, sans carte mère, d’une simple pression sur un bouton.

Les câbles restants ? Uniquement les rails 5V et 12V, avec ou sans connecteurs Molex selon les besoins — certains soudés directement et isolés à la gaine thermorétractable.

Le rôle de cette alimentation est précis : elle gère l’intégralité des ventilateurs du boîtier pour décharger l’alimentation principale. Cette dernière ne s’occupe plus que des composants actifs — CPU, GPU, RAM, stockage. La répartition de charge est propre, les deux blocs respirent.

Un hack des années 2000 qui tient toujours la route en 2026.

Autre détail : un ventilateur 120mm monté sur un support occupant 4 emplacements 5,25". Derrière lui, planqués dans l’ombre, 4 disques durs en RAID 5 — un petit stockage maison discret et efficace. Le flux d’air direct maintient les HDD à 27°C maximum. Pour des disques qui auraient normalement tendance à monter vers 40-45°C dans un boîtier mal ventilé, c’est une différence qui compte sur la durée de vie.

Dernier détail qui tue : le ventilateur 120mm en façade basse n’est pas un ventilateur PC classique. C’est un 120mm 220V alternatif, qui prend son alimentation directement dans le bloc modifié, juste après le fusible interne. Et parce qu’il faisait un bruit de soufflerie aéronautique à pleine puissance, j’y ai intercalé un variateur de vitesse récupéré sur une perceuse hors service. Résultat : un débit d’air réglable à la main, une vitesse de croisière silencieuse, et une solution qui n’existe dans aucun catalogue.


Point de départ

Le point de départ c’était ça. Le boîtier était livré d’origine en bleu turquoise aqua, la carcasse métallique a déjà été repeinte en noir.

La face avant bleue qui fait un peu peur maintenant.


Sans ses habillages bleus, le boîtier révèle son âme : une structure en acier avec une quantité impressionnante de baies 5,25" empilées, des ventilateurs 120mm en position basse/frontale, et un câblage historique qui porte les stigmates de plusieurs vies antérieures.

Le panneau de toit d’origine démonté, il va être découpé et réutilisé.


Les travaux : meuleuse et panneau custom

Passage à la meuleuse pour pouvoir accueillir le H100i en position haute, il a fallu découper le sommet du bloc des 6 emplacements 5,25" en interne — quelques centimètres de métal en trop qui empêchaient le radiateur de se loger correctement.

Nettoyage au compresseur à 3 bars avant remontage — des années de poussière accumulée dans les recoins d’un Juno P6, ça mérite un passage sérieux à la soufflette. Pas de remontage propre sans nettoyage propre.

Le panneau de toit customisé avec ses deux découpes. À côté, le kit avec sa pompe-tête blanc RGB et ses tuyaux tressés gris/blanc. Pourquoi en blanc me direz-vous, simplement parce que le même en noir coûte 50 euros de plus !


L’AIO Corsair iCUE H100i : le choix du pragmatisme

Pour ce build, le choix s’est porté — comme pour les deux précédentes installations de la saga WATER — sur le Corsair iCUE H100i, un AIO 240mm qui a fait ses preuves et qu’on ne présente plus.

Push-pull comme pour les 2 autres builds : aux deux ventilateurs RGB 120mm livrés d’origine avec le H100i, on ajoute deux 120mm supplémentaires côté opposé. Les quatre ventilateurs sont montés et câblés en sandwich avant fixation de l’ensemble sur la plaque custom. Résultat : un débit d’air traversant nettement supérieur à une configuration simple face, pour un bruit maîtrisé grâce aux courbes PWM iCUE.

Essai de positionnement du radiateur. Les deux ventilateurs 120mm Corsair s’intercalent entre le radiateur et le panneau. Le fit est bon — quelques millimètres de jeu de chaque côté, mais rien qui ne se règle pas avec les bonnes vis et des rondelles si nécessaire.


Le panneau en tôle noire découpé et percé pour deux ventilateurs Mars Gaming 120mm. Vue côté moteurs — ces ventilateurs ont un rapport qualité/prix imbattable pour des applications où l’esthétique passe après le débit.


Vue de côté après réassemblage du panneau de toit custom avec ses deux Mars Gaming, la carte Gigabyte en bas. Le câblage n’est pas encore géré.

Premier allumage. Le blanc Corsair de la pompe AIO, le bleu de la RAM, le vert Gigabyte de la RTX. Esthétiquement c’est un peu le bazar chromatique, mais ça fonctionne. Les températures descendent déjà par rapport à l’ancienne config.

La face avant a elle aussi une plaque bleue qu’il faut modifier.

Deux cercles au traceur sur le plexiglas. La matière est épaisse — environ 4mm — et colorée dans la masse. Le plexiglas bleu turquoise de ce boîtier est du genre à résister. Un coup de compas, un stylo fin, et on y va.

C’est l’instant Dremel. Attention : le plexiglas chauffe vite et fond en bordure de coupe si on force. La technique est de travailler par passes légères et rapides, en laissant refroidir entre deux. Ça prend du temps mais le résultat est propre.

Les deux trous obtenus. La bordure n’est pas parfaite — quelques aspérités en plexiglas fondu qu’on s’empresse de poncer à la roulette, aïe, ça rappelle le dentiste.

Le résultat final, vu de l’extérieur, est honnête.


Vue intérieure. La Gigabyte GeForce RTX 3080 occupe ses deux slots en bas, la pompe Corsair trône au centre, le câblage est beaucoup plus propre comme ça.


Résultats des tests de charge

Le tableau de bord du supplice : Handbrake en encodage H.264 à 41 fps en continu, LuxMark v3.1 en OpenCL sur la RTX 3080 (68 compute units, 1800 MHz, 10 GB VRAM), et RealBench 2.56 en mode stress test 1 heure. En simultané.

Les relevés HWiNFO au bout de 10 minutes de charge soutenue :

Capteur Température
CPU (Ryzen 7 5700X) 77°C max

Le VRM à 95°C est le point d’attention : c’est le plafond de la zone orange sur ce B550, mais ça reste dans les specs du fabricant. Les plus observateurs auront remarqué que le CPU est maintenant à 4,8 GHz et non plus à 4,5.


Résultat final

Le résultat. Le grand tour a changé de peau tout en gardant son âme. Le panneau de toit custom avec ses deux 120mm et leurs grilles chromées donne un look industriel assumé. La face avant repeinte en noir conserve son identité mais avec un look un peu plus moderne.

Fonctionnellement : un AIO bien intégré, une gestion thermique cohérente.


Mon beau-frère a récupéré sa tour transformée. Le Ryzen 7 5700X tourne à 77°C max sous charge maximale à 4,8 GHz permanent — contre plus de 80°C en aircooling avant. La RTX 3080 respire et le boîtier a changé de décennie.