Cet article répond à une demande de @Menvé, membre du site et formateur en cybersécurité : ses apprenants cherchaient une référence claire et complète sur le RJ45. Car on l’oublie souvent — surtout quand on démarre en cyber — mais tout part de là : la couche physique, c’est le socle sur lequel repose le reste. Difficile de raisonner segmentation, VLAN ou 802.1X sans savoir ce qui court réellement dans les câbles. Pour la segmentaion et les vlan vous pouvez aussi consulter l’exellent article de @SilenS https://aperturezone.fr/posts/cisco-firewall-final/

Ce guide déblaie donc le sujet sans jargon inutile : les normes de couleurs, les catégories de câble, la connectique et l’outillage. De quoi donner à sa promo — et à tous les autres — des bases solides sur lesquelles construire. Merci à lui pour la suggestion.

L’essentiel en 30 secondes

  • Le vrai nom du RJ45 est 8P8C (8 positions, 8 contacts).
  • T568A et T568B sont deux codes couleurs équivalents : peu importe lequel, il faut juste le même aux deux bouts d’un câble droit.
  • La catégorie (Cat5e, Cat6, Cat6a…) est une garantie de débit sur 100 m dans le pire des cas. Sur des tirés courts, un vieux câble dépasse largement son étiquette.
  • Pour du neuf, la Cat6a est le bon choix par défaut (10 Gbps, et ça reste du RJ45).
  • Une Cat7 « en RJ45 » n’est pas vraiment de la Cat7 — c’est du marketing.

Le RJ45 n’existe pas (ou presque)

Commençons par un petit choc culturel : le connecteur que tout le monde appelle « RJ45 » n’a jamais été normalisé sous ce nom pour l’informatique. Son vrai nom est 8P8C8 Positions, 8 Contacts.

Les sigles « RJ » (Registered Jack) viennent de la réglementation téléphonique américaine et désignaient des branchements, pas des connecteurs. Comme les réseaux informatiques ne passent pas par le domaine public, aucun standard « RJ45 » officiel ne les concerne. Bref : « RJ45 » est un abus de langage universel et indéboulonnable. On continuera à l’employer ici pour se comprendre — mais savoir ça aide à repérer les fiches techniques qui racontent n’importe quoi.

Côté réglementation française : depuis le 1ᵉʳ janvier 2008, la NF C 15-100 impose des prises 8P8C dans le neuf, les extensions et les rénovations complètes. Le RJ45 est donc devenu la prise standard du logement, voix comprise.

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Anatomie du connecteur

Le 8P8C, c’est une fiche à clip : huit petites lamelles de contact à l’avant, un ergot de verrouillage sur le côté. La fiche mâle se sertit en bout de câble ; la partie femelle est sur vos équipements, prises murales et modules keystone.

Il a des cousins de la même famille qu’on croise sur une infra :

  • RJ11 (le connecteur téléphonique, plus étroit) : il rentre physiquement dans une prise RJ45. C’est ce qui permet à une même prise murale de servir voix ou data.
  • RJ50 (plus large, 10 contacts) : utilisé notamment pour piloter les onduleurs. Il ne rentre pas dans un port Ethernet — ne pas confondre.

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Deux détails qui évitent des galères

Monobrin ou multibrin ? Les fiches RJ45 existent en deux versions, selon le câble :

  • Câble monobrin rigide (solid) → pour les tirés fixes dans les murs et goulottes. Meilleur sur la distance, mais cassant si on le plie souvent.
  • Câble multibrin souple (stranded) → pour les cordons de brassage, ceux qui bougent.

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Sertir une fiche prévue pour du monobrin sur du multibrin (ou l’inverse) donne un contact capricieux : ça peut marcher au test et lâcher plus tard. On vérifie la mention sur le sachet.

Fiches traversantes (pass-through) : elles laissent dépasser les fils par l’avant. On aligne, on vérifie l’ordre à l’œil, on sertit, la pince coupe l’excédent. C’est beaucoup plus facile à réussir. Seul bémol : en extérieur ou en PoE, si un bout de cuivre reste exposé, gare à la corrosion. Pour ces cas-là, on préfère des fiches standard ou du keystone.

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Les couleurs : T568A et T568B

Voilà la source de 90 % des questions. Il existe deux façons d’ordonner les fils dans la fiche, définies par la norme TIA/EIA-568 : le T568A et le T568B.

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La seule différence : on intervertit les paires orange et verte. Le reste ne bouge pas. Et surtout : aucune différence de performance entre les deux. Le choix est une pure convention.

La règle d’or (à retenir même si on oublie tout le reste)

  • Câble droit = la même norme aux deux extrémités (A–A ou B–B). C’est le cas normal : PC, serveur ou box vers un switch. 99 % de vos câbles.
  • Câble croisé = A d’un côté, B de l’autre. Il servait autrefois à relier deux appareils identiques. Aujourd’hui l’Auto-MDIX (présent sur tout ce qui fait du gigabit) s’en occupe tout seul : le câble croisé ne sert quasiment plus qu’à dépanner de vieux matériels.

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En Europe, on câble généralement en T568B. Mais le vrai critère, c’est la cohérence : si l’existant est en A, on reste en A partout. On note la norme choisie une fois pour toutes, et on s’y tient.


Les catégories : c’est quoi, et laquelle prendre ?

La catégorie d’un câble, c’est une promesse : « je te garantis tel débit, sur 100 mètres, même dans de mauvaises conditions ». Trois choses évoluent ensemble d’une catégorie à l’autre : la fréquence supportée (en MHz, en gros la « largeur du tuyau »), le débit possible, et la qualité de fabrication qui va avec.

Catégorie Fréquence Débit / distance Statut
Cat5 100 MHz 100 Mbps garantis Plus commercialisée — mais du gigabit très correct sur courte distance (voir plus bas)
Cat5e 100 MHz 1 Gbps / 100 m Le minimum viable, encore parfait pour du gigabit
Cat6 250 MHz 1 Gbps / 100 m — 10 Gbps sur ~55 m seulement Courant
Cat6a 500 MHz 10 Gbps / 100 m Le vrai palier 10G, le bon défaut aujourd’hui
Cat7 / 7a 600–1000 MHz 10 Gbps / 100 m Connecteurs GG45/TERA — pas du vrai RJ45
Cat8 2000 MHz 25 / 40 Gbps sur 30 m Data center / liaisons courtes en baie

Cat5e : le mal-aimé qui fait très bien le job

On snobe souvent la Cat5e comme « dépassée ». À tort. Elle garantit du gigabit sur 100 m, ce qui couvre l’immense majorité des besoins domestiques et pas mal de besoins pro. Tant que vous n’avez pas d’appareils réellement 10 Gbps, elle suffit.

Retour d’expérience perso. J’ai câblé la maison en Cat5 au tout début des années 2000 — donc avant même que la Cat5e ne se généralise, et à une époque où le gigabit relevait presque du luxe. Vingt ans plus tard : gigabit stable partout, pas un paquet perdu.

Le secret n’a rien de magique. Mon plus long tiré fait 25 m, très loin des 100 m limites, et les terminaisons sont propres. Or c’est tout l’intérêt de comprendre ce que veut vraiment dire une catégorie : la Cat5 garantit officiellement 100 Mbps, mais cette garantie vise le pire cas sur 100 m. Sur un tiré court et bien fait, la marge est énorme. Techniquement, le gigabit (1000BASE-T) exploite les 4 paires avec annulation d’écho et a été conçu pour tourner sur du Cat5 ; la Cat5e n’a fait que resserrer les tolérances pour garantir ce qui, en pratique, passait déjà très bien. À 25 m, on est confortablement dans les clous.

Même chose pour l’agrégation : mes trunks LACP tournent en Cat5e et tiennent parfaitement leur charge. C’est logique quand on y pense — le LACP empile plusieurs liaisons physiques pour additionner la bande passante et gagner en redondance, mais chaque lien pris isolément n’a besoin que de supporter son propre débit (ici du gigabit). La catégorie se raisonne donc par lien physique, jamais sur le débit cumulé du trunk. Quatre liens gigabit Cat5e agrégés font un trunk de 4 Gbps sans exiger le moindre câble « supérieur ».

Et le PoE, alors ? Le Power over Ethernet fait passer l’alimentation électrique sur les mêmes paires que les données : un seul câble suffit à faire vivre un appareil, sans prise secteur à proximité. Chez moi, ce sont mes caméras et mes bornes wifi qui sont alimentées en PoE, sur du Cat5e — et là encore, ça tourne sans broncher. La Cat5e n’a aucun problème avec le PoE : le standard prévoit d’ailleurs de délivrer la puissance jusqu’à 100 m. Et — vous connaissez le refrain maintenant — mes tirés font 25 m maximum, ce qui n’est pas qu’un détail ici : sur le PoE, plus le câble est long, plus il y a de chute de tension (le cuivre a une résistance, il « mange » un peu de watts en route). À 25 m, la perte est négligeable et j’ai une marge énorme, même pour des bornes wifi un peu gourmandes. Le seul vrai piège du PoE, c’est le câble CCA (cuivre plaqué aluminium) bas de gamme, qui chauffe et fait chuter la tension : du vrai cuivre — ce que j’ai — et le problème n’existe pas.

La leçon à en tirer : ne jetez pas un câblage qui marche sous prétexte qu’il est « vieux ». Si votre Cat5/Cat5e vous donne le débit voulu, il n’y a aucune raison de tout refaire. La catégorie compte surtout au moment de poser du neuf.

Cat6 et Cat6a : où ça se joue vraiment

La Cat6 fait du gigabit sans souci, et même du 10 Gbps… mais seulement sur ~55 m (moins en milieu perturbé). Au-delà, elle retombe à 1 Gbps.

Pour du 10 Gbps garanti sur 100 m, c’est la Cat6a — et c’est elle, le vrai choix « à l’épreuve du temps », pas la Cat7. Sur du câblage neuf aujourd’hui, la différence de prix avec la Cat6 est faible et la marge d’avenir vaut le coup.

Cat7 : le piège de l’article

Attention à la Cat7, surtout dans un article sur le RJ45. La « vraie » norme Cat7 prévoit des connecteurs GG45 ou TERA, pas du RJ45 standard, et elle n’est même pas reconnue par la TIA/EIA. Le câble vendu « Cat7 avec fiches RJ45 » n’est donc pas de la Cat7 au sens strict : ses performances réelles se rapprochent d’une bonne Cat6a, en plus rigide et plus cher. Pour une infra qui reste en RJ45, il n’apporte rien de plus. À éviter, sauf besoin très pointu d’immunité aux interférences.

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Cat8 : la niche du rack

Jusqu’à 25 ou 40 Gbps, mais plafonnée à 30 m. C’est du switch-à-switch ou serveur-à-switch en baie. Bonne nouvelle : la Cat8.1 garde le connecteur RJ45. En dehors d’une baie qui pousse du 25/40G, c’est de l’argent jeté.

La limite des 100 m

Quelle que soit la catégorie (hors Cat8), une liaison cuivre est plafonnée à 100 m : en pratique 90 m de tiré fixe + 10 m de cordons aux deux bouts. Besoin d’aller plus loin ? On met un switch en relais, ou on passe à la fibre.


Le blindage : faut-il des câbles « protégés » ?

Certains câbles portent une feuille métallique ou une tresse autour des paires, pour les protéger des perturbations. La notation (norme ISO/IEC 11801) se lit écran global / écran des paires :

  • U/UTP : rien du tout. Le classique domestique, souple et pas cher.
  • F/UTP : une feuille autour de l’ensemble. Typique en Cat6a.
  • S/FTP : tresse globale plus chaque paire blindée. Protection maximale, mais rigide et cher.

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Quand blinder ? Uniquement s’il y a du bruit électrique : proximité de câbles électriques ou de moteurs, environnement industriel, chemins de câbles très denses, PoE costaud dans des goulottes chargées. En intérieur résidentiel normal, l’U/UTP suffit très bien — c’est d’ailleurs ce que fait tourner ma maison depuis vingt ans.

Le piège du blindé : un blindage ne sert à rien s’il n’est pas relié à la terre correctement. Mal raccordé, il peut faire pire qu’un câble non blindé. Et il impose une chaîne cohérente : câble, fiches et panneaux tous blindés et à la masse. Mélanger blindé et non blindé au petit bonheur est contre-productif. En clair : on ne se met au blindé que si on va au bout de la démarche.


La connectique : que met-on au bout ?

Plusieurs façons de terminer un câble, et elles ne se valent pas.

  • Fiche RJ45 mâle sertie : rapide, pratique pour un cordon ponctuel ou réparer un bout abîmé. Correcte, mais plus sensible à la qualité du sertissage. Photo 10

  • Module keystone : la prise femelle qui se clipse dans une plaque murale ou un panneau. Se raccorde avec un outil dédié, beaucoup plus tolérant et durable. C’est la terminaison « propre » côté mur. Photo 11

  • Panneau de brassage : en gros 8 à 48 keystones dans un boîtier rack. Le point où arrivent tous vos tirés. Photo 12

  • Cordon de brassage préfabriqué : la liaison souple entre la prise/le panneau et l’équipement. Testé en usine, remplaçable en dix secondes. Photo 13

La bonne pratique, à la maison comme en baie :

Tiré fixe monobrin → keystone / panneau de brassage aux deux bouts → cordons préfabriqués vers les équipements.

L’idée : on ne sertit jamais une fiche directement au bout d’un câble encastré si on peut l’éviter. Si un cordon lâche, on le change sans toucher au mur.


L’outillage

Le nécessaire, du minimum au sérieux :

  • Dénudeur : pour ouvrir la gaine sans blesser les fils à l’intérieur (un cutter à main libre finit toujours par en abîmer un).
  • Pince à sertir : pour fixer la fiche. Prenez-en une de qualité et adaptée à vos fiches (traversantes ou non). Une pince bas de gamme, c’est des sertissages ratés en série.
  • Outil d’insertion (punch-down) : pour les keystones et panneaux. Il enfonce le fil dans le contact et coupe le surplus d’un coup.
  • Testeur de câble : deux mondes très différents.
    • Le testeur simple vérifie que les 8 fils sont bien connectés et dans le bon ordre. Indispensable, mais il ne mesure pas la qualité du lien (il peut rater un split pair).
    • Le certificateur (type Fluke DSX) mesure réellement le bruit, les pertes, la capacité PoE, et certifie le lien selon sa catégorie. C’est le seul verdict qui vaille pour du 10 Gbps — mais c’est un investissement. Photo 14 Photo 15

Les erreurs les plus chronophages

  • Détorsader trop en préparant la fiche : max 13 mm en Cat6. Chaque centimètre détorsadé, c’est du bruit en plus. C’est la cause n°1 de mauvais résultats à haut débit.
  • Split pair (broches 3/6 séparées) : passe le testeur simple, casse le gigabit.
  • Mélanger A et B sans le vouloir sur un câble droit → câble croisé involontaire.
  • Fiche inadaptée : mauvais type (mono/multibrin) ou catégorie inférieure au câble. Le maillon faible impose sa loi à tout le lien.
  • Blindage mal relié à la terre, ou chaîne blindé/non-blindé incohérente.
  • Dépasser les 100 m en cuivre.

En pratique : mes recommandations

  1. Ce qui marche, on n’y touche pas. Un câblage Cat5/Cat5e qui donne le débit voulu n’a aucune raison d’être refait — le mien tourne parfaitement depuis vingt ans.
  2. Pour du neuf : Cat6a partout. 10 Gbps sur 100 m, marge d’avenir, et ça reste du RJ45. Inutile de payer de la Cat7.
  3. Terminer en keystone + panneau, brasser avec des cordons préfabriqués. On sertit à la main surtout pour dépanner.
  4. U/UTP en intérieur propre, blindé seulement si l’environnement l’impose — et dans ce cas, blindé de bout en bout et à la masse.
  5. Cat8 uniquement pour les liaisons courtes 25/40G en baie. Ailleurs, superflu.
  6. Tester chaque tiré. Un testeur simple au minimum ; un certificateur si vous visez du 10G sérieux.
  7. Documenter la norme (A ou B) et s’y tenir sur toute l’installation.